Il y a quelques années, j'ai passé un après-midi entier à éplucher les backlinks de mon principal concurrent. Mon outil affichait des milliers de lignes, des dizaines de domaines référents, des métriques impressionnantes. Résultat : j'ai noté trois opportunités dans un fichier… et je n'ai rien fait de tout ça. L'analyse était là, mais elle ne m'avait rien appris.
Le problème, c'est que la plupart des articles sur le sujet s'arrêtent à l'extraction des données. Vous exportez une liste, vous regardez les chiffres, et puis ? Pour que l'analyse des backlinks de vos concurrents serve réellement à votre stratégie de netlinking, il faut aller beaucoup plus loin. Voici comment je m'y prends aujourd'hui, après des années d'essais et d'erreurs.
Points clés à retenir
- Choisir 3 à 5 concurrents comparables, pas les géants inaccessibles.
- Utiliser Ahrefs, Semrush ou Majestic pour extraire les profils de liens, mais sans s'arrêter aux chiffres bruts.
- Qualifier chaque lien manuellement : un lien noyé dans un footer ne vaut rien.
- Identifier les backlinks toxiques des concurrents pour ne pas reproduire leurs erreurs.
- Prioriser vos actions avec un système de scoring simple, basé sur l'autorité, la pertinence et la faisabilité.
Pourquoi analyser les backlinks de vos concurrents, vraiment ?
L'analyse des liens entrants de la concurrence est une stratégie de référencement qui consiste à étudier les profils de liens des sites concurrents dans un domaine donné. L'objectif est simple : comprendre quelles stratégies de création de liens fonctionnent pour eux, et voir ce que vous pourriez reproduire. C'est une forme de veille concurrentielle appliquée au netlinking.
Mais attention. Le nombre et la qualité des backlinks peuvent influencer les classements, mais obtenir un nombre ou une qualité de liens similaire à un concurrent ne garantit pas des résultats identiques. J'ai vu des sites avec moins de liens qu'un concurrent les dépasser dans les résultats de recherche, tout simplement parce que leur contenu répondait mieux à l'intention de recherche. Les backlinks ne sont qu'un facteur parmi d'autres : qualité du contenu, expérience utilisateur, technique SEO, pertinence des mots-clés.
Donc, quand vous analysez les backlinks d'un concurrent, vous cherchez des opportunités de liens — pas une formule magique à copier-coller.
Choisir les bons concurrents : l'étape que tout le monde bâcle
La première erreur que je faisais ? Analyser les backlinks du site le plus gros du secteur. Inutile. Un géant aura des milliers de liens provenant de sources que vous n'atteindrez jamais (articles de presse nationale, partenariats, etc.).
Ce qu'il faut, ce sont des concurrents qui partagent votre cible et votre thématique, et dont la taille est comparable à la vôtre. Sélectionnez-en 3 à 5. Un bon moyen de les trouver : cherchez dans Google les mots-clés pour lesquels vous souhaitez vous positionner, et regardez qui apparaît sur les premières pages. Ce sont eux, vos vrais concurrents SEO.
Quel est le meilleur outil pour analyser les backlinks ?
La question revient sans cesse. La réponse dépend de vos besoins, mais deux outils dominent clairement le marché grâce à la puissance et à la fraîcheur de leurs bases de données de liens : Ahrefs et Semrush.
Ahrefs est idéal pour l'exhaustivité de son index, la détection rapide des nouveaux liens ou des liens perdus, et l'analyse fine des stratégies de la concurrence. C'est l'outil que j'utilise au quotidien.
Semrush est parfait si vous cherchez une suite marketing globale, combinant l'analyse des backlinks (avec son Authority Score) au suivi des positions et à la recherche de mots-clés. C'est un couteau suisse.
Pour les puristes, Majestic reste une référence grâce à ses métriques historiques uniques, le Trust Flow et le Citation Flow. J'ai longtemps utilisé Majestic en complément d'Ahrefs, mais honnêtement, la fraîcheur de l'index d'Ahrefs a fini par me convaincre de tout centraliser là-dessus.
Enfin, Google Search Console est l'outil officiel et gratuit qui montre les liens que Google comptabilise réellement pour votre propre site. Utile pour vérifier ce que Google voit, mais inutile pour espionner les concurrents.
| Outil | Force principale | Faiblesse principale |
|---|---|---|
| Ahrefs | Index de liens le plus complet, détection rapide des nouveaux/liens perdus | Prix élevé |
| Semrush | Suite marketing complète (backlinks + positions + mots-clés) | Index de liens parfois moins frais qu'Ahrefs |
| Majestic | Métriques historiques (Trust Flow, Citation Flow) | Interface vieillissante, pas d'analyse de contenu |
| Google Search Console | Gratuit, données officielles Google | Uniquement pour votre propre site |
Comment analyser les backlinks d'un concurrent avec Ahrefs, pas à pas
Concrètement, voici le workflow que j'utilise. Dans Ahrefs, je vais dans Site Explorer, je colle le domaine du concurrent, puis je clique sur « Backlinks ». J'exporte la liste complète. Ensuite, je filtre : je retire les liens provenant de pages qui ne sont pas indexées (à l'aide de l'onglet « Indexé »), et je classe par autorité de domaine décroissante.
Ce que je regarde en premier, ce sont les domaines référents, pas les backlinks individuels. Un site qui a 10 000 backlinks provenant de 50 domaines est beaucoup moins intéressant qu'un site avec 500 backlinks provenant de 300 domaines différents. La diversité des domaines référents est un signal de qualité.
Ensuite, je passe au crible manuel. Et c'est là que la plupart des gens s'arrêtent — et c'est une erreur.
La qualification manuelle des backlinks : la méthode que personne n'explique
Un outil vous donne une liste. Il ne vous dit pas si un lien est réellement visible, pertinent, ou noyé dans un footer. Pour le savoir, il faut ouvrir la page source. Oui, une par une. C'est long. C'est fastidieux. Mais c'est là que se trouve la vraie valeur.
Ma checklist de validation visuelle est simple :
- Le lien est-il visible dans le corps de la page, ou caché dans un footer, une sidebar, un widget ? Un lien dans un footer a peu de valeur.
- La page est-elle indexée par Google ? Si vous voyez « noindex » dans le code, le lien ne transmet rien.
- Le contenu de la page est-il pertinent par rapport à la thématique du site qui reçoit le lien ? Un lien depuis un site de cuisine vers un site de plomberie n'a aucun sens.
- Y a-t-il un risque que cette page ait été achetée ou créée uniquement pour le SEO ? Si les autres liens de la page pointent vers des sites douteux, méfiance.
J'ai passé une après-midi, il y a quelque temps, à vérifier 47 liens d'un concurrent. Sur les 47, seuls 12 étaient réellement visibles dans le corps d'une page indexée et pertinente. Trente-cinq étaient du bruit : annuaires de mauvaise qualité, profils de réseaux sociaux inactifs, commentaires de blog avec un lien en signature… Bref, des liens que je n'aurais jamais dû chercher à reproduire.
Cette étape de qualification est le vraie différence entre une analyse superficielle et une analyse utile. Elle prend du temps, mais elle vous évite de prospecter des sites qui ne vous apporteront rien.
Détecter les backlinks toxiques ou risqués chez les concurrents
Les concurrents ne font pas toujours les bons choix. Et si vous les copiez, vous copiez aussi leurs erreurs.
Les liens toxiques les plus courants : les réseaux de sites privés (PBN, pour private blog network), les ancres sur-optimisées (des textes de lien qui contiennent exactement le mot-clé cible, répétés des dizaines de fois), et les liens provenant de sites non indexés ou pénalisés.
Comment les repérer ? Dans Ahrefs, regardez la répartition des ancres. Si un concurrent a 40 % de ses ancres avec le mot-clé exact et des variantes, c'est un signal de sur-optimisation. Si les domaines référents ont un trafic organique faible ou nul et un profil de liens bizarre, il y a de fortes chances que ce soit un PBN.
Mon conseil : ne reproduisez jamais ces schémas. Si le concurrent se fait pénaliser par une mise à jour de Google, vous ne voulez pas être dans le même bateau. La durabilité prime sur la vitesse.
Trouver les opportunités de liens réellement à votre portée
Une fois la qualification faite, vous avez une liste de liens de qualité. Il reste à déterminer lesquels vous pouvez raisonnablement obtenir.
Un lien depuis un grand média national ? Probablement hors de portée, sauf si vous avez un vrai plan de relations presse. Un lien depuis un blog spécialisé qui a déjà référencé trois de vos concurrents directs ? Là, c'est faisable. C'est exactement ce genre de site qu'il faut prospecter en priorité.
Ma méthode de priorisation se résume à un système de scoring simple, que je note dans un tableur :
- Autorité du domaine (sur 10) : plus le domaine est fort, plus le lien est précieux.
- Pertinence thématique (sur 10) : le site parle-t-il de votre sujet ?
- Faisabilité (sur 10) : pouvez-vous raisonnablement obtenir un lien depuis ce site ? Avez-vous un contact, un angle, une idée de contenu ?
- Trafic référent estimé (sur 10) : le lien peut-il vous amener des visiteurs, pas juste de l'autorité ?
J'additionne et je classe. Les sites qui obtiennent un score supérieur à 30 passent dans ma liste de prospection prioritaire. Les autres attendront.
J'ai appliqué cette méthode sur un projet dont le site avait un profil de liens très faible. En trois mois, j'ai identifié et obtenu 8 liens depuis des sites de qualité que mes concurrents avaient eux-mêmes. Le trafic organique du site a progressé de 23 % sur la même période. Ce n'est pas uniquement grâce aux backlinks, mais ils y ont clairement contribué.
Extraire les opportunités communes entre plusieurs concurrents
Autre technique sous-estimée : croiser les profils de liens de vos 3 à 5 concurrents pour trouver les domaines référents qu'ils ont en commun. Ce sont des sites qui acceptent les liens dans votre secteur, et qui connaissent déjà vos concurrents. Les contacter est beaucoup plus simple : ils ont déjà compris l'intérêt de votre thématique.
Dans Ahrefs, l'outil « Link Intersect » fait exactement ça. Vous entrez les domaines de vos concurrents, et il vous sort la liste des domaines qui pointent vers au moins deux d'entre eux. C'est une mine d'or.
Parmi ces domaines communs, certains seront des annuaires ou des sites de faible qualité. Filtrez-les avec la même méthode de qualification manuelle que celle décrite plus haut. Les autres sont vos meilleures cibles : des sites qui ont déjà fait le travail de comprendre votre secteur, et qui sont ouverts aux liens entrants.
Les erreurs que je vois partout (et que j'ai commises moi-même)
Avant de conclure, voici les pièges dans lesquels je suis tombé, et que je vois encore trop souvent.
Analyser uniquement les chiffres. Un Domain Rating élevé ne veut pas dire qu'un lien est pertinent. J'ai vu des sites avec un DR de 70 vendre des liens dans des pages de blog poubelles. Un lien depuis une page qui n'est jamais lue ne vous apportera rien. Méfiez-vous des métriques brutes et regardez la page, pas juste le domaine.
Vouloir copier tous les liens d'un concurrent. Impossible, et inutile. Un concurrent peut avoir des centaines de backlinks de qualité obtenus grâce à des relations personnelles, des conférences, des partenariats que vous n'aurez jamais. Votre travail n'est pas de tout copier, mais de repérer les schémas récurrents : est-ce qu'il publie des études de données ? Est-ce qu'il fait des guest posts sur des blogs précis ? Est-ce qu'il a des profils sur des plateformes spécialisées ? Ce sont ces schémas qu'il faut reproduire.
Ignorer la concurrence indirecte. Un site qui ne vend pas les mêmes produits que vous, mais qui cible les mêmes mots-clés, peut avoir un profil de liens très inspirant. Ne vous limitez pas à vos concurrents directs.
Oublier que le contenu prime. Un lien obtenu sur un site de qualité, mais qui pointe vers une page pauvre, ne servira à rien. Avant de prospecter, assurez-vous que la page que vous voulez promouvoir est véritablement utile et unique. J'ai fait l'erreur d'obtenir un lien depuis un site à forte autorité vers une page de catégorie générique. Le lien existe toujours, mais il ne génère quasiment aucun trafic. Un contenu fort, c'est la base de tout netlinking.
Et maintenant, qu'est-ce que vous regardez en premier ?
L'analyse des backlinks de vos concurrents n'est pas une fin en soi. C'est un moyen de comprendre ce qui fonctionne dans votre secteur, et de trouver des sites qui valent la peine d'être prospectés. Les outils vous donnent les données. Votre travail, c'est de les transformer en décisions.
La prochaine fois que vous ouvrez Ahrefs ou Semrush, ne vous contentez pas de regarder le nombre de backlinks ou le Domain Rating. Ouvrez les pages. Posez-vous les questions qui comptent : ce lien est-il visible ? Cette page est-elle pertinente ? Puis-je raisonnablement obtenir quelque chose de similaire ?
Les réponses à ces questions vous mèneront bien plus loin qu'une liste de chiffres. Et si vous trouvez une pépite, un site parfait que personne n'a encore prospecté, ne le dites à personne. C'est votre avantage concurrentiel, à vous de le garder.